Le Transbordeur de Marseille Le site de l'Association des Marseillais du Monde
Dis, t'as vu monter Carlo ?
Léon Turcat et Simon Méry, deux cousins marseillais, ont 22 ans lorsqu'ils décident de se lancer dans l'aventure automobile.
Léon Turcat est diplômé de l'Ecole supérieure de commerce.
Simon Méry, lui, est diplômé de l'Ecole d'ingénieurs.
Fascinés par la première voiture qui circule à Marseille, une Panhard-Levassor achetée par le frère de Simon en 1895, les cousins réalisent deux premiers prototypes.
Les résultats des essais sont inespérés et les premières commandes enregistrées permettent d'envisager une production.
En mai 1899, ils fondent les ateliers de constructions d'automobiles Turcat, Méry et Cie qui s'installent sur le boulevard Michelet.
En 1901, la première voiture commercialisée est une 4 cylindres développant 16 HP et capable d'atteindre 80 km/h.
Elle est suivie rapidement par une 2 cylindres de 8 HP.
La rencontre au salon de l'automobile 1901 de Paris avec le baron Adrien de Turckheim est décisive pour l'avenir financier de la société.
Le baron de Turckheim est l'administrateur de la société alsacienne de Dietrich, spécialisée dans la construction ferroviaire, qui cherche à diversifier ses activités.
Un accord de licence permettant la construction de voitures Turcat-Méry à Lunéville est conclu en février 1902, assurant un avenir financier jusque là encore incertain.
Comprenant que le succès des ventes passe par l'image de marque, Turcat-Méry se lance alors dans la compétition automobile.
L'usine se dote d'un pilote maison : Henri-Louis Rougier.
Une première victoire dans la course de côte des Platrières à Aix-en-Provence est suivie par des places d'honneur dans des courses de ville à ville telles que Paris-Vienne et Paris-Madrid (11ème après 1014 Km en 6:17'07"8).
Les succès s'enchaînent avec une première place dans la course de côte du Mont-Ventoux de 1903, puis une troisième place aux éliminatoires de la coupe Gordon Bennett, épreuve courrue en Allemagne où la Turcat-Méry se classe finalement quatrième.
Les ventes s'envolent et une agence De Dietrich-Turcat-Méry est ouverte à Paris, où les deux cousins s'installent et font la navette sur le site de Lunéville, confiant la gestion usine de Marseille à Louis Méry, un frère de Simon.
En 1905, le baron de Turckheim se sépare de la maison mère De Dietrich et fonde à Argenteuil sa propre société, la Lorraine-Dietrich, qui se limite à la construction automobile et continue d'exploiter la licence de la société marseillaise dont les voitures s'affirment de plus en plus comme une référence.
Les slogans publicitaires de l'époque sont élogieux, mais pas surfaits : "La voiture des connaisseurs", des voitures " élégantes comme une parisienne" démontrent l'orientation de la marque vers une clientèle d'élite.
La consécration viendra en 1911 dans une toute nouvelle épreuve qui vient de voir le jour et qui deviendra une des plus prestigieuse du sport automobile mondial.
Henri-Louis Rougier, parti de Paris au volant d'une 25 HP, remporte la première édition du rallye de Monte-Carlo à une moyenne de 13.8 km/h.
Peut-être grisé par ce succès et les ventes qui ne cessent de grimper, Turcat-Méry reprend son indépendance en se séparant de Lorraine-Dietrich la même année.
La déclaration de la première guerre mondiale met un coup d'arrêt à bien des espoirs.
L'usine tourne au ralenti et participe à l'effort de guerre par la fabrication de munitions.
Le montage artisanal et méticuleux des voitures et le souci d'incorporer toujours le dernier cri des innovations fait toujours des Turcat-Méry un produit de luxe destiné à la seule clientèle fortunée.
Au sortir du conflit, la France, exangue, boude les produits de luxe.
En dépit de ce contexte défavorable, la société déménage à la fin de la guerre dans de nouveaux bâtiments plus grands et mieux équipés, toujours au boulevard Michelet et ouvre également son propre magasin sur les Champs Elysées à Paris.
Les investissements réalisés et la pénurie des matières premières qui fait flamber les prix pèsent de plus en plus sur les finances, alors que les commandes s'assèchent.
Au début de l'année 1921, les banques, dont la SMC, qui soutenaient l'entreprise presque depuis ses débuts rachètent la société et la transforment en Société Anonyme.
Léon Turcat et Simon Méry, d'abord réduits au rang de simples employés, seront finalement remerciés.
Après quelques soubressauts de vie, notamment vers 1924 où l'amorce d'une reprise est entrevue, le prix de revient prohibitif des belles marseillaises, en raison de l'incapacité de la direction à tailoriser les chaînes de montage, a raison de la marque à la cigale qui s'éteindra finalement en 1929.
La saga des Turcat et leur passion pour les moteurs, en bonne histoire marseillaise, ne pouvait s'arréter sur un échec.
Le 30 juin 1973, « Concorde 001 » réalisait un exploit unique dans les annales des hommes de science: pendant soixante-quatorze minutes, sept spécialistes internationaux de l'observation céleste avaient pu se maintenir dans le cône d'ombre lors d'une éclipse totale du Soleil, grâce à un vol d'une extrême précision, au-dessus de la Mauritanie, à Mach 2,08.
L'idée était venue à un jeune astronome qui l'avait exposée au directeur des essais en vol et premier pilote de l'Aerospatiale, lequel avait tout de suite réalisé la portée du projet.
Le vol « éclipse » fut réalisé par « Concorde 001 » avec la précision remarquable de 10 secondes près.
Ce succès est perpétué par un label peint sur le prototype désormais exposé au Musée de l'Air.