"Sept phocéennes" pour découvrir un autre Marseille.
"7 phocéennes", qui s'inscrit dans les ouvrages publiés par les Editions de la Nerthe, se présente comme un recueil de nouvelles. Mais les sept récits distincts qu'il contient équivalent en fait à sept chapitres d'un unique roman dont Marseille constituerait le protagoniste, omniprésent. La ville n'est pas ici traitée comme un simple décor. L'auteur en fait un acteur central influant directement sur la destinée des autres personnages. Il donne ainsi à la métropole méridionale, creuset millénaire de l'aventure humaine en occident, une dimension rarement mise en exergue.
L'avis des Marseillais du Monde
Que voila un livre remarquable, parlant de Marseille comme on aimerait en entendre parler plus souvent. Pas de clichés éculés sous la plume de Bernard Oustrières, rien que le bonheur des choses simplement dites, des images qui nous touchent parce que pétries de justesse, des éclairages insolites sur des lieux si familiers qu'on en oubliait de les regarder vraiment et des personnages débordant d'une humanité grave. Ce livre est une petite merveille, pour nous qui savons ce qu'est vraiment Marseille. Entre ombre et lumière, on se laisse sans dificulté charmer par ces sept phocéennes toutes en demi-teintes et l'on se surprend parfois à prolonger le récit à sa guise en laissant dériver son imagination dans les jardins secrets de ce Marseille-là. Un pur délice.
Un petit extrait, histoire de vous mettre l'eau à la bouche...
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Ils suivirent et se retrouvèrent dans la cour fleurie d'un petit immeuble, pas loin des Catalans. Les femmes avaient déjà dressé des tables dehors, les hommes allumèrent le barbecue, d'autres tiraient un vin honnête de trois petits conteneurs carrés . Bientôt des côtelettes grésillèrent, puis des saucisses minces et des merguez. Enfin, des pommes de terre grillées apparurent. On riait, on s'interpellait, on s'embrassait. Ces agapes prenaient des airs aimables d'autrefois, aux ages d'avant les grands égoïsmes quand l'argent était rare et les coeurs meilleurs.
L'un des hommes cria :
- Voici Mémé ! Bonsoir Mémé !
Tous saluèrent une petite vieille dame qui leur lançait des baisers du haut d'un balconnet. Elle avait cette beauté particulière des femmes très âgées qui n'ont jamais désappris de sourire.
- C'est Mémé de la nuit, dit Rosy.
- Mémé de la nuit ?
- Parce qu'elle ne dort presque jamais, sa fenêtre reste toujours éclairée. Elle a plus de quatre-vingt-dix ans.
- C'est la mémé de qui ?
- On ne sait pas trop. De tout l'immeuble en fait. Elle ne quitte plus son logement, alors les locataires se relaient pour lui apporter ce qu'il faut. Ce soir, elle va manger avec nous, regarde.
L'un des cousins, à l'aide d'une poulie, hissait jusqu'au petit balcon tout un plateau repas que sa femme, entrée chez l'aïeule, récupérait et déposait sur une table de camping.
- A votre santé Mémé !
Tous en bas levaient leur verre en hurlant : " On a ga-gné ! On a ga-gné ! " Et là-haut Mémé souriait, portant un gobelet de plastique à ses lèvres. Elle ressemblait à une vierge vieillie qui bénissait leur fête. Rosy avait les larmes aux yeux. Françis la regarda.
- Tu es Marseille.
Il regarda les autres et les envia.
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L'auteur
Journaliste, Bernard Oustrières, né en 1948 dans un autre midi, a effectué l'essentiel de sa carrière dans la presse quotidienne régionale provençale et comme collaborateur de plusieurs quotidiens ou hebdomadaires parisiens. Il a vécu à Marseille, y a exercé et y effectue toujours de fréquents séjours dans le cadre de ses activités professionnelles. Il connaît donc la ville, à la fois de l'intérieur et de l'extérieur, ce qui le rend apte à porter sur elle des regards alternatifs.
Déjà auteur d'une dizaine de romans, voluptueux adepte d'une langue classique et raffinée mais sachant recourir aux procédés journalistiques pour donner du nerf à ses dialogues, il a voulu, avec ces "7 Phocéennes", rendre hommage à cette ville-patrie et à ses fils. Il s'en explique ci-dessous :
"Ce recueil comprend sept récits qui mettent tour à tour en scène trois femmes, trois hommes et un chien. Le destin de ces personnages, animal compris, se confond avec celui de Marseille. J'évoque sept orgueils blessés, sept hauts caractères également humiliés, sept êtres qui refusent d'abdiquer malgré l'adversité, malgrè les blessures intimes, malgrè les cruautés parfois fortuites de la vie. Ils puisent, dans leurs racines phocéennes, la force étrange de résister. Marseille est bien sûr présente à chaque page. Je l'ai évoquée à ma manière, en fuyant les poncifs. Comme tous ceux qui aiment cette cité-mère, je l'ai vue à travers le prisme déformant de mes passions plurielles, de mon histoire personnelle, de mes affinités poétiques. Les Marseillais de souche qui liront ce petit ouvrage, éprouveront parfois l'impression qu'il s'agit de nouvelles "à clé" et que certains des personnages mis en scène existent réellement. C'est presque vrai. La scientifique, l'avocate et même l'amoureuse éperdue m'ont été inspirées par des êtres réels. Idem s'agissant des hommes : le truand, l'anti-héros de "L'oeuf", Kadour, le jeune Maghrébin banlieusard et Rodriguez, pied-noir inconsolé. Mais ces portraits ne contiennent pas de messages codés et tout, dans mes récits, relève de l'imaginaire. Sauf s'agissant du chien qui trépasse, à la fin, sous le buste de Monsieur Chave, à la Plaine, et qui, dans son agonie, revoit défiler sa picaresque vie de bâtard marseillais. celui-là, aux qualités morales près, c'est à moi surtout qu'il ressemble. Mais n'allez pas le répéter."
Présentation, biographie et commentaire de Bernard Oustrières aimablement fournies par les Editions de La Nerthe>