Nikita, Tino et Stradi sont les délectables personnages principaux de "Nous serons les rois de Marseille", un sacré bon polar de Serge Scotto édité par l’Ecailler du suD. Une partie des murs de l’ancien Arsenal des Galères, un lieu mythique des folles nuits marseillaises, vient d’être rendu à sa propriétaire, la vicomtesse Aglaé de Saint-Canardier. La vieille dame qui s’encanailla un temps dans les soirées interlopes de la cité phocéenne, ne peut rien refuser à Nikita, sorte de petit-fils par procuration. Nikita, l’artiste peintre, l’esthète noctambule, calculateur complexe et raffiné, aspirant à devenir l’incontournable pilier de la movida marseillaise, Car Nikita a repéré les locaux et veut absolument y ouvrir LA boite de nuit qui compte à Marseille : le New Arsenal. Mais pour devenir le nouveau roi de la ville, il a besoin de l’aide de Tino qui connaît tout ce qui compte intra-muros. Tino, demi-sel impulsif et ambitieux, faussement naïf, qui se verrait bien endosser le costume des grands maffieux d’antan. Chacun des deux compères trouverait sans doute son compte dans ce mariage improbable de la carpe et du lapin s’il n’y avait aussi les filles : Mélanie, Elsa et surtout Stradi. Stradi, la “ Garbo du Roucas Blanc ”, allumeuse de quartier aux avantages engageants dont le silence et le mépris hautain font toute la différence. Et comme à la roulette, quand les jeux sont faits entre ces trois là, rien ne va plus.... Un polar extrêmement bien écrit, au ton goguenard et incisif qui n’est pas sans rappeler le ton du film "le corps de mon ennemi" d'Henri Verneuil et qui place sans l’ombre d’un doute Serge Scotto, l’homme qui propulsa le chien Saucisse vers les plus hautes sphères politiques, dans le cercle très restreint des excellents auteurs de roman policier ayant pour cadre Marseille. Et pour nous, c’est loin d’être réducteur !
Jugez plutôt avec cet extrait :
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Il y a toujours de la girelle fraîche au Bar de la Marine. De la belle, de la girelle royale, débarquée pour l’heure de l’apéro et qui attire les grappes de gabians gominés. Sur ses quais, le coeur de Marseille bat plus fort, où se retrouve sa jeunesse propre et qui s’en accroît. Les habitués en démonstration se bisent à outrance, se bourradent ou s’accoladent comme s’ils se retrouvaient de par delà les sept mers, quand ils n’ont sans doute pas même traversé le port en ferry-boat. Ses piliers qui s’y bousculent et s’y chamaillent exagérément en faisant chanter leurs airs de corsaires, pisseraient presque sur le comptoir pour marquer leur territoire. Si ce n’était l’élégance de mise des initiés, toute marseillaise au demeurant, le touriste visitant ce lieu saint pourrait s’imaginer pénétrer l’antre de nouveaux boucaniers, notre vieille cité terre d’accueil et cosmopolite ne s’étant jamais départie de ses manières bigarrées d’Ile de la Tortue. Car effectivement le Bar de la Marine se visite ! Au même titre que la cellule d’Edmond Dantès au Château d’If ! ... Un de ces mensonges devenus réalité par la magie d’y croire. Nombre de perroquets qui tous les jours y pérorent en distillant leurs 51 menthe répètent pour l’épate en y croyant eux-mêmes que c’est bien ici que s’est tournée la célèbre trilogie. Mais le bar de César n’a jamais existé qu’en studio. Une photo dédicacée de Pagnol trône pourtant telle une icône au dessus du comptoir. Sur le précieux document, l’académicien avec sa belle se régalent d’un jaune, installés à la terrasse du célèbre établissement : un hommage postérieur du maître à cet esprit de galéjade des Marseillais qui surent opportunément donner corps à sa fable de celluloïd.
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L'auteur
Né du coté d’Endoume au début des années 60, Serge Scotto di Rinaldi renonce très tôt à un poste d'instituteur pour se tourner vers le monde de l’art et de la nuit. Souvent provocateur, homme aux casquettes multiples, tour à tour et dans le désordre - si l’on peut dire - dessinateur (il oeuvra un temps pour "Fluide Glacial"), musicien (batteur déjanté des "Steacks"), parolier, journaliste radio et presse écrite (Metro, Le Ravi, Le Mague), peintre, directeur de galerie d’art, écrivain, Serge Scotto est un artiste multi-fonctions, qui se définit parfois lui-même comme un "punk classique". Ami de Frédéric Vignale qui pense l’art comme un combat politique, Serge Scotto a défrayé la chronique en 2001 lorsque son chien (un splendide teckel nommé Saucisse) remporta 4% des suffrages exprimés aux élections municipales de Marseille, avec le slogan "Pour une société plus humaine, contre une vie de chien !"
Sur le plan littéraire, on lui doit notamment "Le crapaud qui fume", "Le soudard éberlué", "Alerte à la vache folle", "Comme un chien", "Saucisse dans le métro " et la participation à l’ouvrage collectif "Onze fois l'OM". Même si sa "marseillitude" ne s’exprime que rarement par la littérature, il n'a jamais renié Marseille où il vit, prétendant même qu'elle est "son plus grand chagrin d'amour". Inclassables et attachants, Serge Scotto et son inséparable compagnon à pattes sont des acteurs incontournables du paysage artistique marseillais.