Le Transbordeur de Marseille
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Pythéas

Hugues Journès, Yvon Georgelin et Jean-Marie Gassend
Editions de la Nerthe


Quand l'art a rendez-vous avec la science et l'histoire

Il est des ouvrages, qui lorsqu'on les a refermés, vous procure la satisfaction immédiate d'avoir compris dès la première lecture des choses qui vous semblaient jusque là hors de votre portée. Le "Pythéas" de Hugues Journès et Yvon Georgelin, publié aux Editions de la Nerthe est assurément de ceux là. Illustré avec bonheur par de splendides aquarelles de Jean-Marie Gassend, ce livre magnifique constitue actuellement et sans nul doute une publication de référence pour la compréhension du génie du grand navigateur et astronome marseillais. A l'évidence, ses auteurs sont tous les trois des érudits qui ont su pour l'occasion se muer en d'admirables conteurs et transmettent en douceur leur savoir au lecteur. Exercice difficile s'il en est lorsqu'il s'agit, comme avec Pythéas, d'un sujet où déduction et analyse joue forcément un rôle majeur en raison de la rareté des sources. Exercice réussi ici avec un rare bonheur, pour un résultat empreint de poésie dans lequel l'élégance de l'illustration constitue assurément un apport décisif.
Au fil des pages, on se retrouve emporté au coeur d'une conférence passionnante où Science et Histoire s'épousent et se confondent sur fond d'explication de textes anciens jamais lassante et où l'usage judicieux d'aquarelles explicatives et esthétiquement réussies confère un éclairage très significatif aux thèmes les plus ardus.
Ainsi ce que l'on aurait pu craindre être un livre rébarbatif à l'usage des seuls spécialistes, se mue au contraire en un ouvrage didactique clair et précis, à l'abord facile et attractif, dont on ne peut sortir qu'enrichi et satisfait. L'archéologie, la littérature, la géographie, l'astronomie, les techniques de construction navale en forment la toile de fond élargie, enchantant le lecteur par la précision des détails et permettant aux plus profanes d'appréhender avec justesse ce que fut le génie hors pair de Pythéas de Marseille.
Assurément donc un très grand livre, à posséder sans l'ombre d'un doute, et qui, dans une bibliothèque, ne déparera ni parmi les livres raffinés d'un amateur de belles choses, ni parmi les ouvrages explicatifs d'un lecteur féru de sciences et techniques ou passionné des choses du passé.

Petit détail à divulguer, les auteurs font don de l'intégralité de leurs droits à la Société Nationale de Sauvetage en Mer. Cet altruisme qui les honore est à nos yeux une raison supplémentaire d'acquérir ce remarquable ouvrage et une façon d'assortir d'un acte civique son plaisir personnel.

Cet ouvrage a obtenu le prix exceptionnel 2001 des jurys du Grand Prix Historique de Provence et du Prix Spécial du Livre sur les Métiers d'Art ainsi que le prix "album 2001" de l'Académie de Marine.

En voici un passage et quelques unes des aquarelles qu'il renferme

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Pythéas et l'explication des marées
En dépit de quelques incompréhensions scientifiques, les textes de Plutarque et du pseudo-Gallien nous apprennent que Pythéas est le premier savant qui attribue à la Lune la cause des marées océaniques et qui découvre même que l'amplitude des marées dépend des phases de la Lune. Grâce à Eratosthène, on sait que Pythéas a pris conscience de la corrélation entre le mouvement de la Lune dans le ciel et le flux et le reflux de la mer. Posidonius expliquera plus tard les grandes marées d'équinoxe tandis que Pline, qui a mieux compris que Strabon le récit de ces phénomènes, nous rapportera le retard des marées par rapport au passage de la Lune au méridien en mentionnant également l'extrême amplitude des marées observées par Pythéas dans les îles Britanniques (l'amplitude maximum est de 16 mètres aujourd'hui à l'embouchure de la Severn).
...
Pythéas fait la corrélation entre la position de la Lune et le cycle des marées : il faut 24 h et 50 minutes pour que la Lune et les marées effectuent leurs cycles complets et retrouvent la même place que la veille.
...
On sait aujourd'hui que l'attraction du Soleil, quand elle vient s'ajouter à celle de la Lune, augmente l'amplitude des marées, mais la Lune garde toujours le premier rôle. C'est elle, et elle seule, qui impose sa fréquence.
Au retour de Pythéas à Marseille, cette explication est accueillie comme une galéjade. Les Grecs lui imposent qu'il n'est pas possible que la mer monte et descende autant, qu'elle ne monte que très peu et que cette différence est due à l'eau des rivières. Quand Pythéas explique, en outre, que les marées sont liées à la position de la Lune, il passe pour un menteur. A l'époque, il est trop difficile d'imaginer que telles masses d'eau puissent être attirées par cette Lune lointaine, très discrète et presque étrangère. Il faudra attendre Newton pour comprendre l'influence des forces de gravitation, l'astronome Laplace et la mécanique céleste pour calculer les heures et les hauteurs des marées, et le mathématicien Henri Poincaré pour introduire les phénomènes de résonance.


aquarelle1


aquarelle2


aquarelle3


aquarelle4

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Les auteurs
Hugues Journès est né à Marseille en 1924, Lauréat du prix Pythéas en 1941, élève de khâgne au lycée Thiers, il s'engage dans la Résistance en 1943. Enseignant en Ecosse puis professeur d'anglais à Bourg-en-Bresse, il publie une thèse sur Une littérature révolutionnaire en Grande-Bretagne : la poésie Chartiste. Depuis sa retraite, il donne des cours de français à des immigrés et à des réfugiés politiques; helléniste de coeur, il s'intéresse toujours à Pythéas avec autant de passion.
Yvon Georgelin, astronome, ancien directeur de l'observatoire de Marseille, lauréat d'un prix de l'Académie des Sciences pour la découverte de la structure spirale de notre galaxie, est né à Morlaix en 1941, Fils d'officier de marine, il effectue ses études à Brest et à Saint-Malo. Astronome, il observe les galaxies aux télescopes de Haute-Provence, du Mont Palomar, de la Cordillère des Andes, d'Hawaï et du Caucase. Il est fasciné par les astronomes provençaux : Pythéas, Fabri de Péiresc, Pierre Gassendi, le Père Feuillée et Charles Fabry.
Jean-Marie Gassend est né à Marseille en 1940. Archéologue à l'Institut d'Architecture Antique du C.N.R.S. à Aix-en-Provence, il effectue des fouilles à Rome, Aléria, Bizerte, Carthage, en Libye et au Yémen. Auteur d'une thèse d'architecture navale antique, il effectue des plongées sous-marines sur les épaves grecques et romaines de Cavalière, de la Madrague de Giens et de l'anse des Laurons. Aquarelliste de talent, il a publié, aux Editions de la Nerthe, un Parcours archéologique à Marseille et illustré, chez le même éditeur, un Parcours archéologique à Cucuron.


De la manoeuvre des navires antiques

Laurent Damonte et Jean-Marie Gassend


"De la manoeuvre des navires antiques" de Laurent Damonte, également illustré par les superbes aquarelles de Jean-Marie Gassend constitue un heureux pendant à l'exposé de la science de Pythéas présenté ci-dessus en nous livrant une réflexion personnelle sur l'armement et la science de navigation des navires antiques grecs. L'auteur évoque nombre de détails archéologiques méconnus en les éclairant de son bon sens marin. Ouvrage intelligent, ce très agréable petit livre sans prétention sait allier avec bonheur la vérité historique avec la connaissance ancestrale des coureurs de mers. A découvrir.

L'auteur
Laurent Damonte est fils de pécheur. Né au début du siècle dernier à l'Estaque, port d'un village de Marseille, la mer lui est tout aussi familière que la terre ferme et l'a doté d'un esprit curieux, ainsi que d'une imagination singulière, tout en préservant une intelligence pragmatique et un bon sens propre aux marins face aux dangers. Aujourd'hui, après avoir navigué durant tant d'années à la surface du globe, Laurent Damonte est reconnu et respecté par les spécialistes de l'archéologie marine et sous-marine qui affirment qu'il est l'un des derniers à connaître aussi bien la mer et la manoeuvre des navires à voile, notamment celle pratiquée il y a plus de 2000 ans sur nos côtes...

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