Le Transbordeur de Marseille
Le site de l'Association des Marseillais du Monde
Marseille, Porte du Sud

Albert Londres
Editions Jeanne Laffite
Editions Arléa
Le Serpent à Plumes






Albert Londres, auteur de cet extraordinaire "Marseille, porte du Sud" réédité avec bonheur par plusieurs éditeurs, restera jusqu'à sa disparition en 1932 un voyageur, un observateur engagé, un poète et un redresseur de torts. Ses grands reportages, effectués pendant quinze ans sur tous les continents, ont passionné ses lecteurs en leur dévoilant les horizons surprenants d'un monde en pleine mutation. En 1927, il découvre et s'éprend du Marseille portuaire de ce début du siècle, une cité grouillante de vie qu'il considère comme mal comprise et mal aimée de ses concitoyens. Pendant plusieurs semaines, selon son habitude, il arpente les quais, et le coeur de la ville, fréquente les cafés, discute avec les habitants, s'imprégnant de sensations pour se forger une opinion. Pas d'objectivité dans la vision qu'il reproduit. Fidèle à son style engagé, Albert Londres prend résolument parti pour ce port et ces rues brassant sans discontinuer négociants et marins, colonisateurs et colonisés, industriels et immigrés, soleil et poésie. "Marseille, Porte du Sud", invitation au voyage et à la rêverie, nait ainsi d'un mariage de sentiments et de détails du quotidien : un mariage réussi comme lui seul savait le faire à cette époque. Son style a atteint ici sa plénitude, celle du conteur et du poète détaillant les réalités du monde. Laissons de coté l'expression d'une certaine supériorité méprisante vis à vis des "colonies" qui émaille parfois son propos. Elle n'est que le miroir de l'état d'esprit d'une époque aujourd'hui heureusement révolue. L'année suivante, Albert Londres, toujours critique vis à vis de lui même et de ses concitoyens, modifiera d'ailleurs sensiblement son point de vue sur ce sujet lors d'un reportage cinglant à propos des chantiers de voie ferrée et des exploitations forestières en Afrique noire. Attachons nous plutôt à la vision humaniste au combien vivante d'un Marseille d'autrefois, dépeint ici avec force et justesse au coeur d'une période qui fut sans nul doute celle de son apogée maritime. A cet égard, "Marseille, porte du Sud" reste encore aujourd'hui un témoignage fidèle et passionné qu'aucun amoureux de Marseille ne saurait ignorer.

Nous vous livrons ici un petit passage de la fin du roman, histoire de vous mettre l'eau à la bouche

***

Allez à Marseille. Marseille vous répondra.
Cette ville est une leçon. L'indifférence coupable des contemporains ne la désarme pas. Attentive, elle écoute la voix du vaste monde et, forte de son expérience, elle engage, en notre nom, la conversation avec la terre entière.
Un oriflamme claquant au vent sur l infini de l'horizon, voilà Marseille.
Elle double son port d'un arrière-port. Ses Compagnies de navigation lancent chaque année des paquebots plus beaux que des châteaux.
Les autres grandes nations font cependant davantage. Aidons Marseille dans sa montée. Toute l'Italie est derrière Gênes pour le pousser. La France ne connaît de Marseille que Marius et le mistral...

Il est un phare à deux milles de la côte. Tous les soirs, on le voit qui balaye de sa lumière et le large et la rive. Ce phare est illustre dans le monde; il s'appelle le Planier. quelle que soit l'heure où vous le regardiez, dites-vous qu'à cet instant on parle de lui sur toutes les mers et sous toutes les constellations. Quand on n'en parle pas, on y pense.
Mais si le Planier ramène au pays, il préside aussi au départ.
Faites le voyage de Marseille, jeunes gens de France; vous irez voir le phare. I1 vous montrera un grand chemin que, sans doute, vous ne soupçonnez pas, et peut-être alors comprendrez-vous?

***


L'auteur :
Né à Vichy, Albert Londres (1884 - 1932) commence sa carrière littéraire par la publication de recueils de poèmes (" La Marche aux étoiles"), puis fait son entrée en journalisme, d'abord comme correspondant parisien du Salut Public de Lyon en 1904, puis comme journaliste politique au Matin, avant de devenir correspondant de guerre pour ce même journal. C'est en 1915 pour Le Petit Journal, un quotidien à grand tirage, qu'il acquiert ses galons de reporter en racontant les combats de l'armée d'Orient. Il se met ensuite à courir l'Europe (en particulier l'Espagne et l'Italie) et le Proche-Orient d'abord pour Le Petit Journal puis pour Excelsior et décrit pour ses lecteurs les premiers effets du bolchevisme et du nationalisme. En 1920, il est le premier reporter à entrer en URSS, et à dépeindre le régime naissant. Il se fait par la suite l'écho des politiques française et britannique au Liban, en Syrie, en Palestine, en Égypte, ainsi que des actions de Gandhi et Nehru en Inde, avant de brosser un tableau saisissant du chaos de l'empire chinois.
A partir de 1923, les reportages d'Albert Londres sont publiés sous forme de livres. Dans le même temps, le reporter s'attaque à des sujets de société et de politique intérieure. Ses reportages sur les bagnes (Cayenne, bagnes militaires d'Afrique du Nord) connaissent un grand retentissement. Il se fera par la suite l'apôtre d'Eugène Dieudonné, un forçat dont il obtient la réhabilitation. De 1925 à 1927, en même temps qu'il suit le Tour de France et en décrit les tourments, il dénonce les tares du système psychiatrique français. Enfin, il enquête sur les proxénètes de Pigalle et la "traite des Blanches". Il dresse également le tableau de Marseille, une cité qu'il considère comme mal comprise.
En 1928, au cours d'un voyage de quatre mois, du Sénégal au Congo, il découvre l'horreur des chantiers de la voie ferrée Brazzaville-Pointe Noire et des exploitations forestières alentours. Au cours de l'année 1929, il fait connaître l'ostracisme dont sont victimes les Juifs en Europe de l'Est. Il va également en Palestine afin de rencontrer les sionistes et les arabes et prédit les risques que comporte leur cohabitation. Sa dernière enquête publiée l'entraîne dans les Balkans où il décrit le nationalisme macédonien qui s'élèvent contre la partition entre Bulgarie, Serbie et Grèce. Parti en Chine pour "Le Journal" pour couvrir l'invasion japonaise, il est sur le point de ramener un nouveau reportage explosif, lorsque la mort le surprend, lui et 66 autres passagers, le 16 mai 1932, dans l'incendie qui se déclare en pleine nuit, à bord du Georges-Philippar le navire qui le ramenait en France.
Son style et sa démarche intellectuelle demeurent un modèle pour tous les reporters français, patent à travers le prix journalistique qui porte son nom depuis 1933.


Pour en savoir plus sur Albert Londres


Bibliographie

Au bagne Albin Michel 1924
Chez les fous Albin Michel 1925
La Chine en folie Albin Michel 1925
Le chemin de Buenos Aires Albin Michel 1927
Marseille, porte du sud Editions de France 1927
L'homme qui s'évada Editions de France 1928
Terre d'ébène Albin Michel 1929
Le juif errant est arrivé Albin Michel 1930
Pêcheurs de perles Albin Michel 1931
Les comitadjis Albin Michel 1932
Tour de France, tour de souffrance Serpent à plumes
Dans la Russie des soviets Arléa
Les forçats de la route Arléa
Dante n'avait rien vu Arléa
Câbles et reportages Arléa 1993
Oeuvres complètes Arléa 1992
D'Annunzio, conquérant de Fiume Julliard
Si je t'oublie Constantinople 10-18
La traite des blanches 10-18
Mourir pour Shangaï 10-18




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