Le Transbordeur de Marseille
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Dominique Piazza : un destin marseillais

Jean Contrucci
HC Editions




L'ouvrage Dominique Piazza : un destin Marseillais écrit par Jean Contrucci, illustré avec bonheur par les fonds documentaires d'Olivier Bouze et publié chez HC Editions est entre tous cher à notre cœur. D'abord parce que le titre de gloire qui auréole l'inventeur marseillais de la carte postale photographique est lié à une histoire d'exil et d'amitié. C'est en effet pour satisfaire les désirs d'un ami exilé, que Piazza eu l'idée de transformer les cartes postales illustrées par les gravures en remplaçant ces dernières par des photos et portant la mention "Souvenir de Marseille". Une brillante idée destinée à adoucir le mal du pays d'un collègue, mais qui deviendra aussitôt un concept commercial avec plus de 12000 cartes éditées dès la première année. Las, faute d'un brevet, l'idée qui aurait pu faire définitivement la fortune de Piazza tombera dans le domaine public. Et son auteur dans l'oubli. Et pourtant, l'homme fut remarquable à bien des égards. Parti de rien, il apprit à lire et écrire à la volonté. Simple employé, puis comptable, et enfin directeur, il gravit les échelons sociaux jusqu'aux sommets, sans jamais cesser d'associer son légitime désir de réussite sociale à une action altruiste. Il fut ainsi co-fondateur avec Paul Ruat des Excursionnistes marseillais, ces "buveurs d'air" qui couraient la campagne à pied, et leur premier président. Il fut également le généreux mécène financier exclusif du seul théâtre en plein air que compta jamais Marseille, le théâtre Sylvain, un amphithéâtre de 5 000 places situé dans le vallon de la Fausse Monnaie. Tout cela aurait du lui apporter au moins quelque reconnaissance de ses concitoyens à défaut de fortune. Pourtant, la ville ne lui dédiera pas même une impasse. Sic transit gloria mundi…
Ressuscité par la plume experte de Jean Contrucci, nous voila revenu au tout début du XXe siecle, une période où Marseille était une ville d'entrepreneurs. Dans la tourmente de la grande guerre comme dans les périodes de paix, nous suivons avec intérêt la trajectoire de cet homme passionné, brillant et imaginatif, empli de convictions et de combats, qui tenta beaucoup et ne fut pas toujours payé en retour. Mais son plus grand mérite n'est-il pas finalement d'avoir toujours cru et essayé…
Un petit aperçu

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Un voisin charitable, connaissant la situation de la famille, propose à Dominique de venir l'aider dans la vente à la criée du Petit Marseillais, l'un des grands quotidiens locaux de l'époque. Pour cela, il faut être debout à 5 heures du matin par tous les temps, et pour tout petit déjeuner un bol de châtaignes sèches dans l'estomac, commencer une longue tournée, avec sur le bras 25 numéros du journal en semaine (50 le dimanche) , en criant les gros titres pour attirer le chaland.
L'itinéraire est immuable : on descend des hauteurs d'Endoume jusqu'au quai du Canal où se trouve le siège du journal, on y prend un paquet de journaux, puis on suit le trajet quai des Belges, Canebière, cours Belsunce, rue Tapis-Vert, boulevard Dugommier, boulevard de la Liberté. S'il y a des invendus, on "monte" jusqu'à la gare Saint-Charles les écouler à l'arrivée ou au départ des trains. A l'occasion, la vente épuisée, on se propose comme porteur auprès des dames encombrées de bagages. C'est éreintant, mais ça augmente un peu la recette. A midi, maman et une des ses amis porteiris attendent Dominique à l'angle du boulevard Dugommier et des allées Gambetta pour faire avaler au crieur de journaux un bol de bouillon chaud acheté dans un troquet de la rue Nationale dans le quel il trempe des "soupes" de pain rassis. Avec quelques fruits, c'est là le déjeuner destiné à vous redonner des forces pour affronter l'après-midi. Car vers 15 heures, on se retrouve à l'imprimerie de la rue Saint-Ferréol où l'on éditait alors les dépêches de dernière heure à proposer aux passants. La vente se fait sur le chemin du retour vers la colline d'Endoume.
Le dimanche, c'est service spécial. Au lieu de marquer le terminus de la tournée de journaux en gare Saint-Charles, on la poursuit jusqu'à Saint-Louis, avec retour par les quais de la Joliette et Saint-Jean. Le seul luxe consiste à prélever sur le pécule ramassé les 5 centimes nécessaires pour s'offrir - un demi-siècle avant Pagnol – une traversée du Vieux Port en "feriboite" afin d'"économiser" plus d'un kilomètre à pied.

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Ce que nous en dit l'éditeur :

Fils d'immigrés italiens, Dominique Piazza naît à Marseille en 1860. C'est un petit maraudeur qui court dans les rues de la cité et travaille pour aider sa famille à survivre… Un autre destin l'attend pourtant : celui d'un homme qui va réussir grâce à la seule force de son travail et de sa volonté. Imaginatif, entrepreneur et plein de bon sens, il n'aura de cesse de s'investir pour sa ville et ses concitoyens. De simple aide-comptable, il devient patron d'une entreprise florissante. Il fonde la société des Excursionnistes marseillais, véritable institution qui comptera jusqu'à 30 000 membres. Il crée et finance le fameux Théâtre Sylvain de Marseille, amphithéâtre en plein air qui compte 5000 places et accueille à ses débuts les plus garnds noms de la scène française…
Mais il est surtout l'inventeur de ce qui est aujourd'hui un objet du quotidien dans le monde entier : la carte postale photographique. C'est lui qui le premier, a l'idée d'imprimer des photographies sur le recto des cartes postales. Jean Contrucci raconte comment Dominique Piazza a eu cette idée géniale, comment il l'a développée et s'en est rapidement trouvé dépossédé. Il nous emmène dans le Marseille du début du XXe siècle et nous fait découvrir le destin unique d'un homme injustement tombé dans l'oubli. Les documents reproduits dans cet ouvrage sont issus des archives personnelles de Dominique Piazza, aujourd'hui propriété d'Olivier Bouze, expert en cartes postales anciennes et "papiers de collection" à Marseille. On découvre notamment l'une des toutes premières cartes postales photographiques, mais également des photos de famille, des documents professionnels et personnels et le journal que Piazza a lui-même rédigé à la fin de sa vie.



L'auteur
Auteur marseillais de renom, Jean Contrucci a été journaliste et critique littéraire pendant plus de trente ans. Il est l'auteur des Nouveaux Mystères de Marseille aux éditions Lattès et d'ouvrages historiques sur la ville parmi lesquels le célèbre Marseille, 2600 ans d'histoire chez Fayard, référence en la matière. Sa connaissance encyclopédique sur l'histoire de sa ville et sa plume irremplaçable lui ont valu de nombreuses récompenses littéraires (Prix Paul Féval, Prix du roman policier de l'académie de Marseille, Prix des Marseillais).


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