26 siècles d'engatse
pour en finir avec 26 siècles
d'autosatisfaction et d'onanisme
sur l'histoire de Marseille.
par le professeur Philippe Carrese
de la faculté viticole de la Belle de Mai ouest
consultant près de l'université de diplomatie fondamentale
du boulevard Adolphe Curiol.
consultant historique
Kant Hillaymore Lepöëth
1 er siècle marseillais
- 596 avant J.C. (le 17 mai, précisément).
Abordant sur les rives du Lacydon, le fier Protis se vautre dans les eaux boueuses après un accostage désordonné (les membres C.G.T. de son équipage étaient en grève), déclenchant l'hilarité générale chez les Ségobriges, une tribu de cakes locaux présents sur le quai.
La belle Gyptis l'accueille avec un: "Aïoli sur toi, bel étranger!". La fille du vieux Nan, chef des Ségobriges, a rajouté "Ho, coulaud! C'est vrai, ce qu'on raconte sur les grecs?". Mais l'histoire n'a pas retenu cette seconde phrase qui aurait pu devenir légendaire.
2 ème siècle marseillais
- 452 avant J.C., les derniers jours de septembre.
Éloignée quelques jours pour visiter sa vieille mère à la Penne sur Huveaune, Gyptis rentrant chez elle retrouve son conjoint, le fier Protis en pleine copulation avec une Ségobrige de mauvaise réputation. La belle Gyptis vire la catin avec cette phrase définitive: "Boulègue, connasse!" . Le fier Protis n'a pas eu la répartie de livrer une seconde phrase définitive qui aurait pu entrer elle aussi dans la légende. Le fier Protis a toujours été fier mais jamais très pertinent.
3 ème siècle marseillais
- 386 avant J.C. période des vendanges.
Protis croise le vieux Nan, père de sa femme Gyptis, arpentant les trottoirs de la rue Thubaneau (du nom d'un chef Ségobrige, Vladimir Thubaneau, ami de la tribu du vieux Nan). Protis a cette remarque ensoleillée : "La con de ta soeur, Nan! Ti'as vu ta dégaine avec tes semelles compensées de cagole? Ti'as pas fini de te ramasser la gueule!" . Quelques empreintes des semelles du vieux Nan ont été repérées lors des fouilles du parking de la Bourse, ce qui attesterait de l'authenticité de cette légende ancrée dans la mémoire collective.
4 ème siècle marseillais
- 269 avant J.C., le 28 décembre.
Dans les rues de la cité phocéenne, dégun! Il fait trop froid.
5 ème siècle marseillais
- 106 avant J.C., le 28 décembre.
Le fier Protis se prend les pieds dans un seau de colle en posant les papiers peints dans la chambre des minots. Rentrant au domicile conjugal à l'improviste, la belle Gyptis découvre son grec maladroit emprisonné dans un rouleau de 20 mètres carrés de tapisserie à motifs de fleurs des champs parmes et de goldoraks roses (Nota: Le couple historique n'avait pu donner naissance qu'à deux filles, jusque là. La procréation de descendants mâles aurait donné lieu à la pose d'un papier peint à motifs de fleurs des champs bleues et de goldoraks outremers). Devant cet affligeant spectacle, la belle Gyptis a une illumination. Elle court décider son père, le vieux Nan, de monter un musée de la Mode pour exposer le fier Protis figé dans sa tenue de cake à fleurs roses. Le vieux Nan refusera, lui-même empégué dans un rouleau de Sopalin géant en faisant la vidange de sa bagnole. L'idée d'un musée de la mode sera reprise un peu plus tard par un autre chef de tribu.
6 ème siècle marseillais
- 32 avant J.C. , la veille du jour de Noël.
Engatse générale, un illuminé met la ville en émoi, se déclarant fils de Dieu et messie. Il est viré hors les murs de la cité par Protis qui lui jette à la figure : "Tronche de poulpe, ti'es pas le vrai Messie. Le vrai Messie, c'est demain, à l'heure de l'apéro. Et c'est lui qui paye la tournée si c'est le vrai Messie."
7ème siècle marseillais
- 34 , jour de la rentré scolaire pour la zone A (académie d'Aquae Sextius-Massilia).
Un illuminé fraîchement débarqué d'une barque sans rame ni voile met la ville en émoi, se déclarant fils de Dieu et Messie. Gyptis le vire de son stand de taraillettes du marché Belsunce à coup de balai en paille de riz avec ces quelques mots: "Ho! Fada! Ti'es le Messie comme moi je suis la reine du mimosa au corso fleuri de la montée des Accoules. Tu t'es vu avec ta couronne d'épines, ton bout de croix et tes clous rouillés dans la poche. Quand on a des trous dans les mains comme toi, on vient pas faire l'aumône chez les gens honnêtes.
La légende dit que ce fada-là s'est discrètement éclipsé et a fini sa vie dans une communauté au Japon. La foire à l'ail et aux taraillettes est toujours sur le marché Belsunce, les mois en "r".
8 ème siècle marseillais
113, le 13 mai, à 17 heures 30.
Inauguration par monsieur Protis Larumeur, maire de la ville, du pont transbordeur qui relie les deux rives du Lacydon.…
Non, là je galèje. Vous aurez rectifié de vous-même, le pont transbordeur a bien été inauguré en grandes pompes le 15 mars 114, à 15 heures pétantes par le vieux Nan, plus très reluisant chef de la tribu des Ségobriges. Et la marraine de cet ouvrage d'art si pratique était bien sa fille Gyptis, encore assez bien tanquée pour son âge.
9 ème siècle marseillais
245, entre le mois de février et la dernière quinzaine d'août.
Postés sur le pont transbordeur à l'arrêt pour cause de maintenance par les services municipaux, la famille entière de Gyptis est à l'agachon. Ils attendent le retour improbable de Protis parti se faire trois oursins en barque sans rame ni voile du côté de Carry le rouet. Il ne rentrera que trois ans plus tard, après avoir fait deux mille trois cent deux fois l'aller-retour entre l'île Maïre et le vallons des Auffes. A son arrivée, Protis aurait eu cette phrase célèbre : "et mon vié, ces oursins! finalement, j'ai ramassé des favouilles, c'est pas bon à bouffer cru mais c'est moins douloureux". Mais cette phrase est également attribuée à Napoléon pendant son exil sur l'île d'Elbe.
10 ème siècle marseillais
315, le 25 Novembre.
La belle Gyptis pique une terrible colère, surprenant son fier Protis sur le parking du "Niagara", dans sa 205 G.T.I. noire à jantes larges, se tapant des packs entiers en Kro avec trois collègues (des Grecs, eux aussi, comme quoi…) en survêtement Adidas. Gyptis a cette phrase surprenante:
"La con de tes morts, Protis! Arrête de faire le cow-boy".
Protis n'a pas tout de suite saisi la portée de cette parole prophétique, l'Amérique et les cow-boys n'ayant été découverts que quelques années plus tard.
11 ème siècle marseillais
421. Un mois en "r", mais on sait plus lequel!
Pastagua, un vague cousin du vieux Nan, profite d'une grève surprise des dockers C.G.T., pour s'adonner à son sport favori: "je fracasse des moules marinières à coup de battes de base-ball" (Nota: ce jeu traditionnel a progressivement disparu des habitudes ancestrales marseillaises, remplacé par le jeu "je fracasse des arapèdes de l'île Plane à coup de boules de pétanque", plus facile à pratiquer sur nos terrains calcaires ).
Pastagua a l'idée géniale de laisser fermenter le jus jaune sorti de la purée de coquilles. Il appelle cette boisson rafraîchissante "le petit jaune". Succès immédiat, tous les compagnons de jeu de Pastagua se mettent d'équerre en moins d'un quart d'heure. Pastagua meurt deux jours plus tard d'une hémorragie interne purulente, le foie implosé. A noter que, de nos jours, la coutume du "petit jaune" artisanal est quelquefois respectée selon des recettes très variées, mais que les dégâts sont moins immédiatement visibles.
12 ème siècle marseillais
528, 1er Mai, Fête du travail.
Inauguration de la maison de quartier de l'Estaque Gare. Le vieux Nan a enfilé son écharpe tricolore, la belle Gyptis un ravissant tailleur de chez Zénana et les représentants du C.I.Q leurs costumes du dimanche avec une très jolie cravate à l'effigie de Marius et Jeannette, deux héros locaux. Une grève surprise des cheminots C.G.T. vient ternir cette charmante manifestation populaire. Protis restant coincé à la gare des Aygalades, Gyptis, désoeuvrée, part furer avec le chef de gare ravi de cette opportunité.
13 ème siècle marseillais
628, 1er mai, Fête du travail.
L'arrière-petit-fils de Gyptis, fruit des amours coupables de son aïeule avec le chef de gare de l'Estaque prend sa carte de la C.G.T. . Et, très honnêtement, tout le monde s'en cague. De longue.
14 ème siècle marseillais
757, de février à décembre.
Le prolifique Protis tente de battre le record de procréation détenu par son beau-père, le vieux Nan: 257 minots nés de 256 mères différentes (avec l'âge, Nan est devenu un peu distrait). Le fier marin Grec s'accouple obstinément avec tous les membres de la tribu des Ségobriges pendant 257 jours sans aucun résultat probant. Gyptis aura cette phrase définitive : "Ho, coulaud! Alors, c'est donc vrai, tout ce qu'on raconte sur les grecs!"
15 ème siècle marseillais
866, 15 avril, à l'heure des brousses.
Le vieux Nan se nègue lamentablement dans le vieux port en essayant de rejoindre à pied le bar "au sanglier" à coté de la mairie, depuis le bar de la marine. Chtarbé à donf, exit papy! En catastrophe, le fier Protis est déclaré maire de substitution par le comité central du parti des Ségobriges démocrates. Le tragique accident du vieux Nan déclenchera un gigantesque appel d'offre de la Mairie pour trouver une solution à l'épineux problème de la fréquentation des bars sur les deux rives du Lacydon. Curieusement, c'est un proche parent de Protis qui obtiendra le marché avec une invention sommaire: "le ferry-boat". C'est depuis cette affaire louche (attends! tu imagines! un bateau sans arrière, sans avant, sans rame ni voile qui fait "andare e venire" de longue sur le vieux-port, c'est pas stupide comme idée?) qu'une extrême vigilance est apportée lors de l'attribution des marchés dans la cité phocéenne.
16 ème siècle marseillais
999, le 31 décembre, vers 11 heures du soir.
Toute la tribu Ségobrige plante un oaï monumental sur la Canebière, terrorisé par l'arrivée imminente du deuxième millénaire.
17 ème siècle marseillais
1000, le 1er janvier, vers 1 heure du matin.
Enfin rasséréné par l'arrivée sans incident du deuxième millénaire, toute la tribu Ségobrige s'empègue une amende confortable et une soirée à l'Évêché, après le oaï monumental provoqué sur la Canebière.
18 ème siècle marseillais
1 / 10 / 1100 . (1 heure 10 secondes et 11 centièmes)
Quillé devant son P.C. à l'écran désespérément vide, le regard embué rivé sur sa montre digitale achetée la veille chez un horloger de la rue d'Aix, Protis a une illumination et invente le langage informatique. Après 1 an, 110 jours, 10 heures et 11 minutes, il abandonnera ces fastidieuses programmations, quillera son IBM à gaz butane sur une armoire et ira enfin se gaufrer un i Mac tout bête et une cagette de pommes Mac Intosh. Depuis, Gyptis a bouffé les pommes mais toute la tribu des Ségobriges surfe comme des malades sur internet.
19 ème siècle marseillais
1209 , résidence "la Cadenelle", par un beau jour d'été, au bord de la piscine de l'immeuble.
Alors que Gyptis se radasse dans une chaise longue, à tchatcher avec ses copines décolorées de la rue Paradis, Protis est planté comme un stassi devant l'entrée de l'immeuble, sans ses clefs et sans le code d'accès. Des fois, il est un peu con, Protis.
20 ème siècle marseillais
1300 et les années suivantes :
Pas grand-chose.
21 ème siècle marseillais
1400 et les années suivantes :
Rien, mais alors! …Rien.
22 ème siècle marseillais
1515 Marignan.
Les ultras de François 1er mettent d'équerre les Fanatics de l'Inter de Milan. Belle victoire aux poings sur le nouveau parvis du stade Vélodrome plein à craquer. A l'intérieur du stade, par contre, très peu de spectateurs, un grave diffèrent sur les billetteries parallèles ayant contraint les responsables du club local à s'enfuir en catastrophe en Ferry Boat vers l'île du Frioul (alors paradis fiscal), sous la protection active du service d'ordre aux ordres des Ségobriges démocrates de Protis. Depuis cet incident fâcheux, le climat s'est sensiblement assaini entre les responsables financiers des clubs successifs et les autorités politiques de la ville. Il n'y a plus jamais eu ni magouille ni arrangements douteux entre les différents intervenants, toute l'énergie étant concentrée sur le sport, et uniquement le sport.
23 ème siècle marseillais
1665, 25 mars, le mois des fous.
Madame Olivier s'installe avec ses caniches royaux dans l'appartement d'au-dessus de chez Protis et Gyptis. C'est lors d'une promenade nocturne dans les jardins paysagers de la résidence "la Cadenelle" que Protis aura cette phrase désormais célèbre: Mon Vié, madame Olivier… Les vrais marseillais connaissent la suite, je n'insisterai pas.
24 ème siècle marseillais
1720, 17 juin.
Le capitaine du grand Saint Antoine débarque une cargaison d'Aïoli avariée faite à base d'huile de colza et avec des jaunes d'oeufs d'autruches (la rentabilité, toujours la rentabilité…). Les responsables des contrôles sanitaires laissent inopinément passer cette dangereuse marchandise qui se retrouve rapidement sur toute les tables marseillaises, sauf sur celle de Monseigneur Belsunce, diabétique. On connaît la suite. L'épidémie rayera de la carte la plupart des habitants de la ville (sauf Monseigneur Belsunce, diabétique).
25 ème siècle marseillais
1823, 13 Octobre.
Invention de la purée lyophilisée. Mais c'est une erreur.
Invention de la poudre à canon goût framboise. Mais tout le monde s'en branle.
Invention de la Twingo. Aucun débouché.
Invention du papier tue-mouches à l'ail. Succès immédiat.
Invention de l'électricité, du téléphone, du fax, du karaoké. Dégun comprend de quoi il s'agit.
Invention d'une méthode infaillible dans la recherche historique à long terme, dite méthode de Kant Hillemore Lepoeth.
C'est cette méthode qui nous a servi pour élaborer cet historique précis et documenté. Infaillible, effectivement.
26 ème siècle marseillais
1999, le 31 décembre, vers 11 heures du soir .
Toute la tribu Ségobrige plante un oaï monumental sur la Canebière, terrorisé par l'arrivée imminente du troisième millénaire et par l'annonce des derniers transfers à l'OM. "Yéba!" crie la foule. "Aïoli sur vous" répond Protis qui a toujours été un peu long à la détente. "Bonne Année à tous" hurle Gyptis qui a toujours été précoce.
27 ème siècle marseillais
2000, le 1er janvier, vers 1 heure du matin.
La tribu des Ségobriges tout juste sortie de sa dernière garde à vue à l'évêché, Gyptis, Protis, leurs parents, leurs amis, madame Olivier, Pastagua, les caniches royaux, le Professeur Kant Hillaymore Lepöëth et moi-même vous souhaitons donc une bonne bourre pour ce troisième millénaire, qui s'annonce cocasse.
Zou maï!
Philippe Carrese.
Copyright l'Ecailler du Sud, février 1999.
Reproduite ici avec l'aimable autorisation de l'auteur
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