"Mèfi", le polar concocté par Sylvie Aniorte-Paz et édité par L’Ecailler du Sud, porte drôlement bien son nom. C’est vrai qu’il faut drôlement faire mèfi tout au long des pages. Mèfi quand l’inspecteur Jacob Bentolila et son adjoint Periglioni sont chargés de l’enquête sur le corps retrouvé à demi-enterré sous les arbres du parc Borély. Mèfi quand la tante du même inspecteur se prend pour miss Marple et décide de mener sa propre enquête parallèle avec l’aide d’une copine vaguement voyante. Mèfi quand Azer Tyuiop, pourtant prévenu lui aussi, se retrouve avec ses potes dans un sac d’embrouilles de chez "on est mal" sur fond de trafic d’armes et de mafia russe. Car même quand on se méfie, les coups tordus viennent la plupart du temps du côté où on ne les attends pas.
Bien ficelé coté scénario, une construction intelligente pour tenir le lecteur en haleine, Marseille en toile de fond bien sûr avec des personnages et des lieux plus vrais que nature, voilà un bien joli roman policier (enfin si l’on peut dire parce que c’est quand même pas non plus la bibliothèque rose) qui se lit avec délectation. C’est pas du cliché et ça ce sent. C’est ce qui fait toute la différence. Pour un premier essai, c’est en tout cas un vrai coup de maître. Espérons qu’il y en aura beaucoup d’autres de la même facture. Dans l’attente... chapeau bas, Madame !
Voici un passage de l'ouvrage
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Porte d’Aix - jeudi 20 mars 9h30
Je file à la Porte d’Aix. A cette heure là, mon oncle déballe sa marchandise sur la place Jules Guesde. Pour tout dire, mon oncle n’est pas vraiment mon oncle. Pas plus qu’il n’est commerçant. En fait, il avait été le meilleur ami de mon père. Depuis sa mort, il a toujours été présent pour moi. Quelques passages à vide, les mois où il est aux Baumettes pour trafic en tout genre. Mais jamais rien de grave.
Je veux dire, pas de came, pas de braquage. Rien que des entourloupes, du genre vendre la Vieille Charité à un touriste allemand.
Pour vivre, il vend des affaires qu’il trouve dans les poubelles : une brosse à dent, un stylo usé, une chaussure, un disque d’Oum Kalsoum. Toute sorte de choses. Il est même capable de vendre une seule chaussette, pour le prix de deux en plus.
J’arrive sur la place. Mon oncle, à même le sol, sur un petit tapis, discute affaires avec un "confrère" commerçant. Il boit à petites goulées dans une verre, un café plus noir que l’enfer.
- Khader, mon fils. Ca me fait plaisir de te voir.
Avec une extraordinaire agilité, il se lève et me prend dans ses bras. Je le trouve un peu vieilli, quelque chose d’usé dans le regard.
- Regarde, j’ai un tout nouveau stock.
- Il me montre de la main son précieux étalage. Un annuaire de 86, un pantalon de travail, un sac de voyage, un tabouret à trois pieds, de la menthe et de la coriandre.
- C’est magnifique tonton.
Mon oncle me regarde fixement dans les yeux.
- Toi, tu as des problèmes...
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L'auteur
Sylvie Aniorte Paz est également la chanteuse du groupe de musique méditerranéenne Bario Chino