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Les Martiens de Marseille

Maurice Gouiran
Editions Jigal


De la vie sur Mars

De prime abord, le cinquième roman de Maurice Gouiran paru aux Editions Jigal a vraiment de quoi dérouter le lecteur, tant le mariage des genres proposé est saisissant. Le titre, "Les Martiens de Marseille", est déjà à lui seul tout un programme.... Et l’histoire donc ! Une histoire de dingues qui commence dans le gigantesque incendie des collines de la Nerthe. Qui se poursuit par des meurtres en série commis à l’aide d’une arme peu ordinaire. Et où les drames les plus récents, personnels ou collectifs, trouvent leurs racines à la fois dans le futur et dans le passé. En résumé, un drôle d’engambi déjanté à souhait ! Clovis Narigou (comment Maurice Gouiran fait-il pour toujours inventer des noms aussi azimutés ?), ex-journaliste retiré dans les collines de l’Estaque où il élève désormais des chèvres aux noms de sex-symbol ("Y a-t-il un autre homme sur terre qui puisse ainsi tripoter l’espace d’une petite heure les mamelles de Sharon Stone, de Penelope Cruz, de Sigourney Weaver et de Demi Moore ?), va se retrouver embringué dans une affaire policière aux rebondissements inattendus. Car c’est bien d’un polar dont il s’agit ici. Un excellent polar dont on dénoue peu à peu les fils en découvrant la sordide vérité qui se cache derrière les apparences. Une vérité qui relie contre toute attente les chef-d'œuvres picturaux du quattrocento et les sculptures des temples de l’Egypte ancienne à l’assassinat d’un colonel des marins pompiers de Marseille. Au delà du polar, Maurice Gouiran en profite aussi pour parler de la grande Histoire et pour aborder par touches très évocatrices et sans pour autant se poser en censeur certains thèmes de société : la morale collective, l’usage des psychotropes, l’engouement pour le paranormal, l’imprévisible impact psychologique des drames humains. L’ensemble tient la route sans problème. Pari réussi, donc, pour un livre qui ne l’est pas moins et un auteur dont le style s’affirme de plus en plus. Vraiment bien !
Un petit extrait

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J’ai toujours adoré ce parfum entêtant de réglisse qui submerge les alentours de l’usine Haribo, au Canet.
Je n’accepterais de me noyer que de deux façons : soit dans une piscine remplie de 51 (mais à un volume de jaune pour cinq volumes d’eau, j’ai calculé qu’il me faudrait près de quinze mille bouteilles de pastaga, ce qui classe cette lubie dans les fantaisies hors de prix), soit dans la citerne d’un de ces camions qui déversent allégrement des mètres cubes de réglisse liquide dans les cuves de la fabrique de bonbons.
Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, l’entrepôt de Pastis 51 fait logiquement suite à Haribo dans la zone des Arnavaux. La concentration de tant de merveilles, dans ce lieu un tantinet glauque, me réconforte.
La Direction des Services d’Incendie et de Secours se trouve un peu plus loin, à la sortie d’un rond-point sinistre, en face de la cité Bassens. Les gens racontent que c’est un coin craignos. En fait, les entrepôts ne sont pas franchement rigolos avec leurs conteneurs rouillés, et les deux cadavres de voitures cramées montrent que la vie nocturne doit être trépidante par ici. Pourtant, la cité Bassens n’a pas l’allure froide et prétentieuse de ces grandes barres de béton qui bouchent l’horizon de La Rose, La Castellane, ou tout autre lieu de résidence paradisiaque conçue pas les bons promoteurs des années soixante. Pendant que Johnny jouait les idoles et amusait le bon populo, les copains et les coquins spéculaient dans le béton armé. Et je connais quelques faiseurs de morale d’aujourd’hui qui s’en sont foutu plein les fouilles en édifiant des milliers de cages à lapins pour y enfourner tous les blaireaux qui n’avaient pas un radis en poche. Un journaliste peut tout écrire, mais un journal ne publie jamais tout...

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L'auteur
Maurice GOUIRAN est né en 1946 au Rove, près de Marseille, dans une famille de bergers (de chèvres du Rove bien entendu...) et de félibres. Son enfance tranquille dans les collines de l'Estaque lui donne à jamais la passion de cette nature rude et généreuse à la fois. Étudiant au Lycée Saint-Charles, il oscille entre les maths et les calanques. Cela finit malgré tout, quelques années après, par un solide doctorat en mathématique! Plus tard, Maurice Gouiran, devenu spécialiste en informatique appliquée à la gestion des feux de forêts, effectue en tant que consultant pour l'ONU, de nombreux voyages autour de la Méditerranée, et toujours pour la prévention des incendies de forêts. L'enfance dans les collines du Rove n'est jamais très loin. Entre temps, il enseigne à l'Université, dessine dans un journal satirique, dirige une équipe de foot, s'essaie à la peinture, aux mots croisés, et même au journalisme... Après "La nuit des bras cassés", "Le théorème de l'engambi", le "Dernier des Chapacans" et "L'Arménienne aux yeux d'or", "Les Martiens de Marseille " est son cinquième roman.

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