C’est une bien jolie plongée dans le passé que nous offre "Marseille d’Antan", le très beau livre d’Anne-Laure et Isabelle Rauch, un ouvrage qui trouve toute sa place dans la superbe collection sur le thème des villes et lieux d’autrefois élaborée par HC Editions. La qualité première de ce tour d’horizon du Marseille du début du siècle est sans nul doute la richesse de son iconographie. Directement puisée dans la collection de cartes postales d’Olivier Bouze, il s’agit ici d’un choix particulièrement légitime pour Marseille. Qui se souvient en effet que cet art de l’image consistant à porter un œil partial sur les lieux et les choses est d’abord né sur les rives du Vieux Port avant de coloniser la terre entière.
De fait, si le choix des images n’a pas l’éclectisme rencontré dans les livres de photographes, c’est justement le miroir déformant de la carte postale qui rend l’ouvrage attachant et intéressant. Il nous offre une vision qui se veut à la fois insolite et presque inquisitrice de la ville d’autrefois. Mais c’est en même temps une vision qui se veut conforme à l’image extérieure que projette la cité, visible dans une focalisation importante des clichés sur les bâtiments et les lieux les plus marquants. Car la carte postale est par essence l’image pour susciter l’envie ou la curiosité. Une sorte d’appel du pied, comme pour dire «regardez et venez ensuite voir par vous-même». Un instantané que l’expéditeur envoie à ses connaissances, ses amis, sa famille pour qu’ils soient en prise directe avec ce qu’il a sous les yeux. La carte postale, bien plus que toute autre photo, a pour but premier de partager la ville avec celui qui la reçoit. Et c’est bien cet esprit de partage de Marseille avec le lecteur qui ressort également du texte distillé en écho discret au charme suranné des images. Le partage d’une passion pour les années enfuies d’une vieille dame de 2500 ans, qui à travers ses manies, ses détours, ses surprises et ses bonheurs nous laisse entrevoir un peu de sa beauté d’autrefois. Mais "Marseille d’Antan" est aussi un ouvrage de paradoxe, car Marseille, si elle est à jamais une ville de clichés, n’a jamais été et ne sera jamais une ville de carte postale…. A cet égard, le livre d’Anne-Laure et Isabelle Rauch en prenant le contre-pied de la réalité offre également une vision inédite et singulière qui ne peut laisser indifférent.
Ce que nous en dit l'éditeur :
Savez-vous quel visage avait Marseille il y a un siècle ? Lorsque les chevaux et les charrues arpentaient la Canebière et la rue de Rome… Lorsque le Pont Transbordeur enjambait le Vieux Port … Lorsque le canal recouvrait la Place aux Huiles… Lorsque la Capelette et Mazargues n’étaient que des villages, loin du centre ville…
Regroupant plus de 450 cartes postales du début du siècle, cet ouvrage s’articule autour de quatre chapitres géographiques : le cœur historique, les quartiers du centre ville, le bord de mer et les quartiers périphériques. Un dernier chapitre est consacré à la vie quotidienne des Marseillais et à l’art de vivre au début du siècle.
Au dela de l’iconographie exceptionnelle, issue de la collection d’Olivier Bouze (Clichés du Passé – Cours Julien), l’une des plus riches sur Marseille et la Provence, les textes racontent l’histoire et la vie de la cité phocéenne. Accessibles ils sont destinés à un très large public.
Un petit extrait
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Autour de la gare et de son escalier monumental, s’étale le quartier de Saint Charles. Son nom lui a été donné en hommage à l’évêque Charles Borromée. Tout comme Monseigneur de Belsunce l’a été à Marseille pendant la peste de 1720, Charles Borromée a été le héros de Milan pour la même épidémie, deux siècles auparavant.
A la fin du XIXème siècle, le chemin de fer fit son apparition et la ligne Avignon Marseille fut mise en place sous la direction de Paulin Talabot. La gare Saint Charles fut construite sur les plans de ce même Talabot, en collaboration avec Gustave Desplaces et inaugurée en 1848. L’architecture métallique est caractéristique de l’époque et la façade, plus récente date des années 1891-1893.
Construite sur une butte, la gare fut d’abord isolée de la ville, puis le projet de la construction des escaliers permit de créer une ouverture sur le centre ville.
Inaugurée en 1927 par le président de la République Gaston Doumergue, ces escaliers monumentaux donnent toute sa majesté et sa singularité à la gare de Marseille. Dessinés par les architectes Senes et Arnal dans la grande tradition académique, pylônes néoclassiques et figures allégoriques alternent en larges volées successives. Et c’est avec une démarche chaloupée que l’on descend cérémonieusement sur le boulevard d’Athènes, directement plongé dans l’effervescence de la ville, toujours protégé par la Bonne Mère !
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Les auteurs
Marseillaises d’origine, Anne-Laure et Isabelle Rauch sont sœurs et ont travaillé sur cet ouvrage dans le but de partager leur passion pour la cité phocéenne et son histoire. Anne-Laure est guide touristique à Marseille et dans toute la région ; Isabelle travaille dans l’édition, entre Paris et Marseille.
Marseillais
Préface : Isabelle Rauch - Collection Olivier Bouze
HC Editions
Fatche de ... !
Bon complément à «Marseille d’Antan», Marseillais est un petit opuscule édité par HC editions qui offre une intéressante sélection de cartes postales de scènes et de « types » marseillais d’autrefois. Sans texte, ni légende, cet ensemble de visages, de regards, d’expressions, mais aussi de métiers, de costumes, de situations permet de découvrir la partie la plus «photogénique» des habitants de Marseille, en particulier celle qui travaille sur et autour du port. A ses côtés, une place intéressante est faite aux petits métiers (camelot, ramoneur, limonadier, rémouleur, étameur, etc…) et une part belle aux enfants dans une imitation de la mode des poulbots parisiens. Un regard à la fois ethnologique et caricatural, savant mélange de réalisme et d’exagération ! Typiquement marseillais donc…
Ce que nous en dit l'éditeur :
Marseillais. Voilà un mot qui ne peut pas laisser indifférent. Jamais un Marseillais ne peut se présenter comme tel sans susciter une réaction, quelle q’elle soit. Pourquoi ? Qu’est ce qui rend donc les Marseillais si différents. Et depuis si longtemps ?
Marseillais est un état des lieux, sans texte ni légende, de ce qu’étaient les Marseillais au tournant du siècle dernier. A travers les visages, les regards, les poses, les poses, les expressions, on découvre un peu mieux, et avec un autre éclairage, ce que fut la vie de Marseille à la belle époque.
On imagine, avec un peu plus de subtilité, ce que pouvait être la vie des enfants errant sur le port et dans les rues du centre ville. On entrevoit le décalage entre ces petits maraudeurs et les enfants des riches familles promenés par leurs nounous dans les beaux quartiers. On décèle l’histoire des pêcheurs au fond de leur regard sévère et de leur peau burinée. On se retrouve, l’espace d’un instant, dans les ambiances chaudes et bigarrées de la ville aux 111 villages, aux 111 quartiers. On plonge dans la vie belle, la vie difficile, la vie cosmopolite de Marseille et des Marseillais en 1900.
On comprend pourquoi être Marseillais est toujours un peu singulier car c’est souvent venir d’ailleurs, avec son histoire, ses souffrances et ses espoirs. C’est ensuite reconstruire sa vie et replanter ses racines dans une ville qui sait et qui aime accueillir. "Marseillais" est un beau petit livre objet, qui invite au rêve et à la projection. Certainement pas à la nostalgie, mais bien à la joie de découvrir que ce qui fut la richesse du passé aujourd’hui est encore sa richesse aujourd’hui : les hommes.