Le Transbordeur de Marseille
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Journal de Bord de Pythéas de Marseille

Ferdinand Lallemand
Editions Jean-Claude Garçon


Le voyage extraordinaire.

Les Marseillais ignorent Pythéas. On n'en parle pas dans les écoles alors que les manuels d'Histoire en usage aux Etats-Unis le citent comme le seul homme célèbre de Marseille et de France dans l'antiquité. Tout au plus une rue de Marseille porte-t-elle son nom. Pourtant, ce contemporain d'Aristote et d'Alexandre le Grand qui vécu au IVème siècle avant Jésus-Christ fut non seulement un navigateur et un géographe hors pair, mais aussi un mathématicien et un cosmographe de grand talent qui su calculer avec une précision inouï pour l'époque la latitude de Marseille et de nombreux sites au cours de ses voyages. Pour soustraire sa ville au blocus carthaginois de Gibraltar qui empêchait le commerce massaliote avec la façade atlantique de la Gaule, il effectua d'abord un voyage vers l'Est. Explorant la Mer d'Azov jusqu'à l'embouchure du Don, il tenta par cette voie d'atteindre le pays des Hyperboréens afin d'en ramener l'ambre et le cuivre. L'échec de cette tentative l'amena à entreprendre alors son voyage "Autour de l'Océan" afin de trouver par le Nord le passage qui le ramènerait en Méditerranée. Forçant Gibraltar, il remonta le long des côtes espagnoles et atteignit la Bretagne. Poursuivant sa route toujours plus loin, on lui doit le positionnement des îles britanniques et d'une île baptisée Thulé correspondant sans doute à l'Islande, la découverte de la Scandinavie ainsi que la description des abords de la banquise. Il revint à Marseille sans avoir trouvé le passage qu'il cherchait et cet échec le discrédita au yeux de ses concitoyens, occultant ce qui reste un exploit nautique hors du commun,. Consignée par ses soins, l'histoire de ce voyage extraordinaire fut conservé apparemment assez longtemps à la bibliothèque d'Alexandrie, avant de disparaître probablement dans l'incendie qui détruisit l'édifice. Andréas Arvedson d'Upsal, en 1824, regroupa des fragments de ce récit à travers la critique qu'en firent ses détracteurs, le plus important étant Strabon qui traite constamment Pythéas de menteur. Archéologue et écrivain, Ferdinand Lallemand, par des recoupements entre les résultats des fouilles de Marseille et la lecture des textes anciens, nous livre aux Editions Jean-Michel Garçon ce journal de bord du voyage " Autour de L'Océan ". Evitant avec bonheur les pièges d'une part de l'anachronisme par l'usage subtil des noms anciens des lieux et des choses et d'autre part du romanesque par l'emploi intelligent du style lapidaire propre aux notes de voyage, c'est un véritable plongeon de 24 siècles dans le passé qui nous est proposé à travers cet ouvrage. Embarqué avec Pythéas, Vénitath et leurs compagnons sur l'Artémis, porté par leur soif de découverte, on se prend à rêver comme eux de la beauté bleutée des falaises de glace et l'hospitalité des peuples aux cheveux de soleil. Un grand livre, assurément, pour un voyage immobile plein de richesse.

Lisez plutôt !

***

Midi. - Agathon revient de la proue en criant " La Tête Blanche ! " " Massalia, Massalia ". Tous veulent se mettre aux rames. Et pourtant le vent suffirait... Je ne peux les en empêcher. Je reste sous l'aplustre et je prie pour remercier Artemis et Apollon. Nous touchons au port.
J'entends les rames battre au rythme de parade. Ils vont arriver épuisés à Massalia. La joie donne des forces. L'Artémis vole sur l'eau comme la nef des phéaciens qui ramenait Ulysse à Ithaque. Longuement sa proue reste sur l'écume de la vague dont le flot ne va pas plus vite que nous.
Vin, pain et biscuits circulent pour encourager les rameurs. J'entends nommer toutes les montagnes qui entourent Massalia à mesure que le cercle de l'horizon nous livre leurs sommets: " Le Tas de Blé ! Berga! Le Kékylistrion ! Et les Iles ... Les Stoechades ! L'Ile Première ! Attention à l'ile Plate !... L'Immadras !...
Vénitath exulte de joie. Il a transformé, en la tourmentant, sa barbe en tresse d'égyptien. Je me mêle enfin à la joie de tous. Il m'est donné de revoir Massalia. Qu'importe si je n'ai pas fait le tour de l'Europe par le Tanaïs! J'ai vu le Trône du Soleil, Basiléia, Thulé : personne n'y était allé avant moi... J'ai vu ... Mes nombres sont forts. Les timouques ne me font pas peur.

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L'auteur
Ferdinand Lallemand fut archéologue de l'O.F.R.S. (Office Français de Recherches Sous-Marine) dirigé en 1952 par le Commandant Cousteau. On lui doit également " Le Journal de bord de Maarkos Sestios " (Editions de Paris, 1955, épuisé), fiction retraçant l'histoire du dernier voyage de l'un des deux bateaux découvert par l'équipe Cousteau au Grand-Congloue et dont les vestiges se trouvent actuellement entreposés au musée des Docks Romains, ainsi qu'au musée du Vieux Marseille du Centre Bourse. Il a également écrit le " Journal de Bord de Hanon, le Carthaginois " ainsi que " Erik le Rouge et les vikings de l'an mille " publiés chez France-Empire.

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