Le Transbordeur de Marseille
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Les heures marseillaises

Horace Bertin
Editions Qui Vive


Carpe diem

S’il est un art consommé, typique des villages des bords de la Méditerranée, c’est bien celui que possèdent leurs habitants de savoir parfois se poser pour regarder passer le temps et la vie. Et de quel meilleur théâtre pouvait donc rêver Horace Bertin pour s’adonner à cette pratique quasi philosophique que Marseille, la ville aux 111 villages !
Dans ses "Heures Marseillaises", très judicieusement ressuscitées par les "Editions Qui Vive", il tire la chaise du lecteur sur le pas de sa porte et brosse avec la précision d’un Bruegel une vaste fresque de la vie de ses contemporains, aux tableaux changeant avec l’heure du jour. Son regard sur vingt-quatre heures de la vie marseillaise au XIX siècle, tour a tour amusé ou empli de poésie, séduit tout autant par le souci de la justesse du détail que par la tendresse lucide de la vision d’ensemble. Longtemps oublié et devenu introuvable, l’ouvrage est présentée ici dans une version à la saveur toute particulière. Reproduction fidèle d’un exemplaire personnel d’un artiste-lecteur connu par ses seules initiales, celle-ci est en effet émaillée des petits croquis que son propriétaire jugea bon de lui adjoindre en fonction de son humeur, à la façon dont on annote parfois les pages d’un livre d’étude. Sous l’impulsion de ces dessins, l’opuscule prend ainsi la forme propre aux "livres d’heures", l’exquise naïveté des esquisses lui tenant ainsi lieu d’enluminure. Remarquablement écrit et esthétiquement très réussi, l’ensemble trouve ici une unité et un équilibre qui ravi le lecteur tout en le poussant à la rêverie. Une très belle réussite, à découvrir de toute urgence. Adorable !


Ce que nous en dit l'éditeur :

Horace Bertin ne s’est pas trompé... !
Cent vingt sept ans plus tard, on se laisse emporter par cette flânerie dans Marseille.
Heure après heure, la plume vive, parfois tendre ou caustique d’Horace Bertin, nous décrit un Marseille bouillonnant, avec tous ses petits métiers aujourd’hui disparus (le liquoriste, le marchand de brousses de Pichoouri, la bouquetière...) ses innombrables cafés où se retrouvaient les Etouffeurs de perroquets et ses incroyables estaminets de pieds humides.
De la rue Pavée d’Amour à la rue des Minimes, en passant par l’inévitable Canebière, Horace Bertin, alors journaliste au Sémaphore et au Bavard nous invite à une promenade où rien n’a échappé à son regard. A chaque heure : sa population, ses métiers, ses "figures", ses odeurs, sa lumière sur la ville.
Et nous lecteurs du 21ème siècle, nous découvrons ou redécouvrons Marseille, et nous nous surprenons à chercher une rue, à sourire devant l’enseigne d’un café qui n’a pas changé de nom, à regarder différemment la ville...
Un lecteur de l’époque (dont nous n’avons que les initiales G.B.) a dessiné à la plume, au fur et à mesure de sa promenade dans Marseille, un clocher d’église, une rue, une fontaine, des marchandes...
Le trait est vif, rapide précis... Les croquis sont ravissants. Ce dessinateur, par ses esquisses, a fait de son exemplaire des Heures Marseillaises une pièce unique.
Nous rééditons cet ouvrage avec tous ces dessins à la plume. Et le "lecteur-dessinateur" d’aujourd’hui pourra revisiter Marseille, un crayon à la main et y ajouter ses croquis au coin des pages de cette nouvelle édition.


Extrait :

***

Les étudiants en médecine entrent à l’Hôtel-Dieu et vont assister au cours de clinique.
Il est bientôt huit heures et demie. Les bouquinistes étalent leurs livres au rabais et l’on voit déjà de vieilles têtes d’amateurs courbées sur les casiers.
Dans les boucheries, chez les épiciers, à la halle, c’est un véritable encombrement de cuisinières et de garçons d’hôtel. Les cuisinières attendent leur tour, le bras passé dans l’anse de grands paniers.
Au marché aux fleurs, un gommeux, tout heureux de s’être levé si tôt, achète un bouquet et fleuri sa boutonnière.
Les rédacteurs des journaux du soir, de la Gazette du Midi, du Journal de Marseille, du Peuple, de l’Egalité, font leur apparition dans les bureaux.
Là-bas, dans les petites rues étranglées qui se cachent près de l’Hôtel-de-Ville, une vieille fille de joie, retenant son jupon par les deux mains et les pieds dans des pantoufles, lève ses yeux éteints vers le morceaux de ciel qui se montre entre les toits et cherche à savoir le temps qu’il fait.
Des soldats, portant des gamelles empilées les unes sur les autres, s’acheminent vers les divers postes de la ville.
De nombreux fourgons du chemin de fer, chargés de ballots, sillonnent les rues, et devant des brasseries s’arrêtent des haquets dans lesquels tremblent des bouteilles et des siphons d’eaux gazeuses.
Toutes les lignes de tramways ont commencé leur service.
Voilà neuf heures. Un jeune avocat ouvre la porte de son cabinet et dépose sa serviette sur son bureau.

***


L'auteur
Horace Bertin, de son vrai nom Simon Bense, naît à Marseille le 30 Octobre 1842. Dès le lycée, il révèle des dons littéraires qui annoncent le grand journaliste. En 1865, il fonde l’Echo de Marseille, puis en 1868 Les Tablettes de Marseille et cette même année entre au Sémaphore où il reste près de 30 ans avant de passer au Petit Marseillais. Il se lance en parallèle dans la littérature et, sur un style léger, écrit de nombreuses oeuvres en poésie et surtout en prose. En 1870, il publie les heures marseillaises , son chef-d’oeuvre dans lequel il montre, avec une poésie contenue et un charme persistant, le Marseille qui s’éveille, travaille, se distrait et s’endort. On lui doit également, Elu en 1899 à l’Académie de Marseille, il y prononce son discours de réception le 17 Décembre 1900. Après avoir été le fondateur et le premier président du syndicat de la presse marseillaise, il s’éteint à Marseille le 22 Décembre 1917.

D’après le "Dictionnaire des Marseillais" de l’Académie de Marseille

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