Le Transbordeur de Marseille
Le site de l'Association des Marseillais du Monde
La cité du fada

Ridha Aati et Nordine Zoghdani
L'Ecailler du Sud


Les doigts d'une main

Malgré son titre, ce n’est vraiment pas du coté de la cité radieuse de Charles-Edouard Jeanneret que se passe l’action de "La cité du fada", le très bon polar de Ridha Aati et Nordine Zoghdani édité par l'Ecailler du suD. Coup de maître pour ce coup d’essai qui retrace le retour mouvementé de Farid dans sa cité de "La Solidarité", sur les hauteurs de Marseille. Cinq ans après son départ pour New-York où il a vécu de petits boulot sans pouvoir réaliser son "rêve américain", le voilà de nouveau parmi les siens, rappelé en catastrophe au chevet de son père malade. Il y retrouve Antar, devenu une pointure dans le "business" grâce à l’appui de policier véreux. Celui-là est un sacré client, avec qui il vaut mieux désormais ne plus rien avoir à faire. Il y retrouve aussi Philippe et Doumé, ses amis d’enfance partageant ses rêves défunts de réussite et de richesse. Alors, quand ça se met à canarder de partout dans la colline derrière la cité pour une mallette pleine de billets, les rêves soudain devenu réalité se révèlent plus fort que la raison. Et c’est parti pour les embrouilles. Voilà en tout cas une histoire sacrément bien ficelée, où tout sonne juste et où les clichés habituels à propos des cités n’ont pas leur place. La Solidarité et ses habitants sont dépeints dans la nuance, entre peur et espoir, entre rêve et réalité. Et comme dans les coeurs des hommes qui le hante, il y a beaucoup d’amour dans ce roman pourtant si dur. Et c'est superbe !



Un petit extrait pour le plaisir

***

- Ecoute, laisse-moi finir, d’accord ? Tu es parti aux Etats-Unis et tu y es resté toutes ces années pour quoi faire ? Du tourisme ? Non. Je sais, tu es parti te faire un paquet de fric. Dans quoi ? Je ne sais pas. La confection peut-être ? Non. Qu’est ce que tu sais faire avec tes mains Farid ? Rien du tout. Ou alors peut-être de la magouille.
- Comment de la magouille ? Antar qu’est-ce que tu me racontes, explique-toi !
- Laisse-moi finir Farid. J’en déduis que tu es parti là-bas pour magouiller et que tu as réussi. Du jour au lendemain, tu as quitté Marseille, la bande, ta famille, ta copine et tout ça pour rien ? Allez Farid, ne nous fais pas rigoler ! Tu savais très bien où tu allais, enfoiré !
Je l’écoute parler, et comme d’habitude, il a l’air sûr de lui.
- Ecoute bien Antar, tu as inventé n’importe quoi. Qu’est-ce qui te fait croire que je suis parti magouiller là-bas et que j’ai réussi, comme tu dis ?
Il me regarde, il regarde ses amis :
- Ca, dit-il, en montrant mes habits.
- Quoi ça ? Mes habits ? Qu’est-ce qu’ils ont ?
Je porte une chemise à manches courtes, un Levi’s en toile et des espadrilles blanches.
Il me regarde en souriant.
- A qui tu la fais, gari ? C’est moi qui te l’ai appris, le coup des habits. Tu te rappelles, quand on faisait nos casses, on s’interdisait d’être bien habillés, quand les autres bandes se faisaient remarquer avec leur Azzaro et leur Hugo Boss ! Nous, on s’habillait à Belsunce. Et toi tu débarques de New York habillé comme une cloche ! Donc j’en déduis que tu as réussi tes affaires.
- Mais tu ...
Antar m’interrompt sèchement.
- Laisse moi finir gari. Si tu n’avais pas touché le gros lot, tu serais venu bien sapé pour montrer à tes parents et à tes amis que tu as réussi, pour ne pas être la risée de la famille et du quartier. Mais toi, tu viens te présenter devant tout le monde en guenilles.

***


L'auteur
Ridha Aati et Nordine Zoghdani sont deux jeunes auteurs marseillais issus des quartiers nord qui signent ici leur premier roman.

Retour au Sommaire

Retour sur le quai


© Le Transbordeur de Marseille
(Association des Marseillais du Monde)
- Tous droits réservés -


L'Officiel du Net
L'Officiel du Net

BonWeb 2005
BonWeb