"Bonne Mère", édité par l'Ecailler du suD est une véritable toile d'araignée tissée de main de maître par François Thomazeau sur le fond du ciel phocéen plutôt plombé. Lecourt-Gouffé, notaire pourri jusqu'à la moelle, acoquiné avec un élu local qui ne vaux guère mieux que lui, n'a aucun état d'âme pour faire aboutir son juteux projet immobilier. Et la chance, qu'il sait habilement aider par des méthodes plutôt expéditives, avait l'air de lui sourire jusqu'à ce que Marianne Roche, sa secrétaire lassée par les brimades, ne se mette en tête de le faire chanter grâce à une certaine petite cassette, histoire d'offrir enfin à sa fille un peu de ce bonheur qu'elles cherchent en vain depuis si longtemps.
Mais le monde est décidément petit, beaucoup plus petit que ne le pensent les acteurs de cette sombre histoire et il n'y a qu'une bien mince différence, dans ce monde là, entre le chasseur et le gibier. Chacun l'apprendra tour à tour à ses dépends. Et si par ailleurs, les amis des amis et la police s'en mêlent, rien ne va plus du tout comme prévu. François Thomazeau signe avec "Bonne mère" un roman noir et fort comme un café turc, dont les personnages marionnettes pensent chacun tirer toutes les ficelles de cette histoire attachante où vies et morts se nouent et se dénouent comme les fils des Parques. Certains pour gagner. D'autres simplement pour survivre. Et quel tableau ils brossent, les fils et les filles de la bonne mère, tous embarqués de force dans un "bad trip" dont certains ne reviendront pas. Le ton est dur mais très juste et la sobriété des dialogues qui ne jouent pas un instant avec les clichés ajoute une touche glacée de bon aloi sur ce roman policier qui sait être infiniment marseillais sans jamais trop en faire. De l'excellent polar, sans l'ombre d'un doute.
Morceau choisi
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La pluie s'est mise à tomber alors que nous traversions la rocade du Jaret pour rejoindre l'autoroute. Elle n'a plus cessé depuis. Très vite, alors que le revêtement bleuit sous les néons, nous ne trouvons plus rien à nous dire. Je regarde devant moi, fixement, une nuit de plus. Rien n'a changé fondamentalement, malgré ce coup d'éclat. Sainte Karine. Elle m'a ravitaillée en produit et je me suis roulé un stick sous le regard désapprobateur de FX. Je l'ai fumé en vitesse, juste pour apaiser ces démangeaisons dans ma jambe, qui me donnaient envie de ruer, de shooter dans la carrosserie.
Au péage, un abruti nous tend un carton d'un air absent. Depuis que j'ai revu le chauve, comme si j'avais pressenti un sourire sur ses lèvres dans le rétroviseur, comme si mon instinct m'avertissait d'une anicroche, une appréhension s'est instillée en moi, qui gâche tout. Et maintenant ? me demande-t-elle. Et je n'ai pas vraiment de réponse. Continuer. Prendre le pognon cette fois, pour de bon. Bien préparer le coup. Après tout j'ai fait mes preuves cette nuit. Je suis douée pour la survie. Ca ne m'étonne pas vraiment.
Nous n'avons pas croisé une seule voiture. La première que nous rencontrons remonte vers la ville à quelques kilomètres de la cabane. Je me retourne pour la regarder passer.
Quand nous arrivons, la pluie a redoublée et saupoudre inlassablement les flaques, les mares, la boue devant la maison. La porte est ouverte et bas dans le vent.
Mimi a disparu.
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L'auteur
Né à Lille en 1961 mais marseillais de coeur, François Thomazeau exerce à Paris son métier de journaliste sportif pour l'agence de presse Reuters. Comptant huit romans à son actif ("La faute à dégun", "Qui a tué Monsieur Cul", "Qui a noyé l'homme-grenouille ?", "Qui a occis le curé ?", "Qui a brûlé le Diable ?", "Les pinceaux de la Madone", "Sang et Mort", "Bonne mère"), il fait parti avec Philippe Carrese et Jean-Claude Izzo (et même s'il s'en défend), des précurseurs de la vague des romans noirs marseillais qui a déferlé avec succès dans le milieu des années 90. Editeur éclairé pour l'Ecailler du suD, la maison qu'il a fondé à Marseille, il continue d' oeuvrer pour la dissémination du roman noir " made in marseille " en permettant à de nouveaux talents de sortir de l'ombre.
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